Chapitre 98 – Wembley
Samedi 18 Mai 2013
«Messieurs, cette saison fut une réussite. Nous avons su former un groupe soudé et solidaire face à chaque épreuve que nous avions dû affronter. Nous avons du passer par de nombreuses remises en questions ainsi que faire preuve d’un mental d’acier. Tous ces ingrédients réunis nous ont permis d’arriver devant les portes de la Première League.
Personne ne nous attendait là ! Personne ! Même nos supporters n’avaient pas mis autant d’espoir en nous. Moi j’y ai toujours cru ! Vous également ! Dans vos regards, je peux lire votre fierté ! Elle transpire de vos pupilles ! Vous y aves tous cru et c’est pour cela que nous avons pu atteindre cette surprenante troisième place ! Les gars vous êtes devenu forts ! Très forts ! Sans votre travail, sans vos efforts, Millwall serait resté à sa place, dans le ventre mou du classement ! L’effet de surprise nous a beaucoup aidé, surtout face aux mentors du championnat ! Il ne faut pas le renier, ce fut un atout considérable pour obtenir certaines victoires ! Comme celle contre Bolton ! Votre instinct s’est engouffré sans hésitations dans la moindre brèche laissé ouverte par nos adversaire ! Nous avons su saisir les opportunités, nous sommes devenus une équipe qui fait peur !
Oui, nous ne sommes plus un outsider, les gars ! Nos adversaires connaissent notre blason, connaissent notre jeu, nos forces ! Ils savent tout de nous ! Ils se méfient ! Nous ne pouvons plus compter sur l’effet de surprise ! Dans les journaux, nous avons acquis le statut de favoris ! Un seul mot : danger ! Je le vois que vous vous sentez en confiance ! Puis-je vous le reprocher ? Certainement pas ! Vu nos derniers résultats, personne n’osera vous dire le contraire, sauf ma lucidité ! Ce soir, vous êtes l’équipe que personne ne veut voir dans l’élite ! Vous êtes les renégats ! Vous êtes l’équipe qui ne vaut pas un centime ! Je veux que vous vous graviez ces dernières phrases dans la tête ! Si cela parait compliqué pour vous, dites vous tout simplement que vous êtes nul et que forcement la défaite vous attends au bout des quatre vingt dix minutes ! Je veux que vous ailliez le gout de la défaite dans la bouche ! Je veux que vous ayez peur ! J’exige que vous vous pissiez dessus car ce soir c’est le match de votre vie !
Oubliez tout ce que vous avez fait ! Tout ce joue maintenant ! La moindre erreur sera fatale ! Vous devez vous interdire le moindre faux pas ! Ne croyez plus en rien ! Survivez ! Videz vos tripes comme si votre vie dépendait du résultat ! Servez vous de votre stress pour augmenter votre capacité à vous concentrer ! Soyez sur le qui-vive ! J’espère que le message est comprit ! L’est-il ?
Bien ! Maintenant, je vais vous parler de magie noire ! Celle qui émane de cette sublime enceinte ! L’antre des plus beaux exploits ! Le berceau de tous les plus beaux évènements sportifs d’Angleterre ! Les tribunes de Wembley sont terribles ! Elles sont les sirènes d’Ulysse ! Elles vous hypnotisent pour annihiler toute votre énergie ! Elles absorbent votre lucidité pour vous plonger dans la torpeur ! Pour ne pas succomber à leurs charmes, faites comme ces marins grecs : bouchez-vous les oreilles ! Ceci est une métaphore bien évidement ! Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que toute votre concentration doit être focalisée sur ce qui se passe sur le rectangle vert et non dans les gradins ! Le moindre regard dans le public, le match est perdu !
Le match va bientôt commencé et je tenais à vous dire que je fus ravi d’être votre entraineur ! Vous avez apporté beaucoup de choses ! Vous êtes une belle équipe ! Sur ces dernières paroles, je conclurais par un : allez vous faire foutre bandes de tafioles ! »
Je claque les portes du vestiaire dans mon dos. Certains joueurs avaient le sourire d’autres se plongeaient dans leur serviette pour faire le vide dans leur tête. C’est mon dernier match sur le banc de Millwall. Je ne veux pas quitter ce monde sans avoir réaliser deux choses : obtenir la montée et la tête de l’homme qui a tué Sydney.
Le sol en béton se transforme soudainement en herbe. Fraichement coupée et superbement entretenu. Je lève la tête et je suis ébahi par le spectacle hallucinant qui me fait face. Wembley est vraiment l’un des plus beaux stades du monde. Son architecture est tout simplement divine. Quatre vingt dix milles places surplombés par une arche colossale tant par son génie que par sa majestuosité. Les tribunes sont colorées de blancs et de rouge. Il n’y plus aucun siège de libres.
Quelques secondes plus tard, les deux équipes font leur apparition sur la pelouse. La tension se lit sur le visage de la plupart des joueurs. Je sers la main à mon homonyme puis je prends place sur le banc. Cardiff gagne le terrain nous avons le ballon. Nous allons commencer le match avec nos supporters face à nous. Une bonne chose pour la deuxième mi-temps. C’est lorsque les organismes commencent à être fatigué que nous avons besoin des encouragements du douzième homme pour trouver un second souffle.
L’arbitre de cet après-midi est dégarni. Celui que tout le monde connaît en Angleterre, car il fait à la fois la loi dans les rues et sur les terrains : bien évidement Howard Webb. Ce dernier porte le sifflet à sa bouche. Le match est lancé.
Les vingt premières minutes constituent un long et ennuyeux round d’observation. Le ballon a du mal à se rapprocher des buts. Il reste prisonnier dans une bataille acharnée au milieu de terrain. Pour le moment, je reste serein. Ma ligne défensive tient le choc et reste très concentrée. Mkandawire mène l’alignement de ses coéquipiers d’une main de fer et Racon fait son boulot de sentinelle à la perfection. Malheureusement, c’est la même chose pour Cardiff. Leur défense est très performante et Trotter à du mal à mener le jeu. Piech et Keogh ont touché très peu de ballon et commencent à tenter de le récupérer un peu trop bas. Je gueule un bon coup dans les oreilles d’Henry qui se presse d’aller faire passer le message.
Soudain, le match bascule. Une partie des tribunes pousse un cri de joie puissant tandis que ceux d’en face se plongent dans un silence affligeant. Le tableau d’affichage des scores vient de perdre sa virginité à la surprise de tous. Le joueur à l’origine du dépucelage de l’écran géant effectue une danse ridicule pour fêter son but. Tous ses coéquipiers se jettent sur lui pour le féliciter. Mais le buteur leur faire un magnifique crochet pour les éviter et il se dirige avec fureur vers le banc. Keogh se jette dans mes bras. Comme si c’était la première fois qu’il arrivait à mettre le ballon au fond des filets. Je le félicité et je lui intime de retourner sur la pelouse pour éviter un carton inutile.
L’ouverture du score donne l’impulsion qu’il manquait pour enflammer le match. Grâce à Keogh le match prend une nouvelle allure, beaucoup plus spectaculaires ! Durant le dernier quart d’heure, les gardiens de but sont à l’honneur. Ils enchainent parade sur parade à l’image de Forde qui empêche l’égalisation à une minute du temps réglementaire grâce à un réflex divin.
Webb siffle la fin de la première mi-temps. Les joueurs et moi-même prenons le chemin des vestiaires. Je me contente d’un discours bref qui se contente de répéter les valeurs de celui d’avant match. A la seule différence que je leur conseille de faire le break avant que les crampes se fassent sentir. Il est plus facile de gérer une fin de match lorsque l’on mène deux buts à zéro. Ils acquiescent puis certains se désaltèrent pendant que d’autres changent de maillots, esquintés par les duels virulents de la rencontre.
Les vingts deux acteurs sont acclamés par l’âme de Wembley et une légère brise se lève. La température est plutôt élevée donc un peu de vent ne fait pas mal. Je reprends ma place sur le bord du terrain mais cette fois-ci je reste debout. Le stress me gagne et je sens que je suis incapable de rester en place.
La deuxième période est d’un rythme élevée mais une légère domination commence à apparaître. Les Lions montent en puissance et les joueurs de Cardiff commencent à avoir de plus de temps de retard. Les fautes en leur encontre se multiplient et les cartons commencent à pleuvoir. Il faut que mon équipe marque pour récompenser nos efforts. Si nous en prenons un dans un moment aussi fort, ils ne s’en remettront pas.
Mes cordes vocales explosent. Mes nerfs explosent. Je n’arrive pas à y croire. Comment ont-ils pu me faire cela ? C’est impossible ! Keogh vient de faire le break ! C’est fantastique ! Cette fois-ci je le sers vigoureusement dans mes bras. Je ne veux plus qu’il me quitte ! Ce joueur est extraordinaire ! Il est promit à un avenir de rêve. Je jette un œil à ma montre. Il reste une vingtaine de minutes à jouer. J’observe le visage des joueurs de Cardiff et j’aperçois les signes distinctifs de l’accablement. C’est très bon signe. La victoire peut être possible. C’est un truc de fou ! Puis dix minutes plus tard, trotter met fin à tout suspense, il inscrit le troisième but qui nous envoie directement dans la cour des grands ! Les supporters vêtus de blanc exultent ! Tout un peuple est euphorique ! Millwall est en train de redevenir un grand nom du foot ! C’est tout simplement magique !
Webb met fin à la rencontre et les larmes me montent ! C’est fantastique ! Je cours vers Forde et je l’embrasse vigoureusement ! Puis les joueurs se jettent sur moi et me soulèvent, je suis propulsé en l’air rythmé par des « hé ». L’heure est à la fête. Même Craig est descendu sur le terrain pour féliciter les joueurs. C’est merveilleux !
Quelques heures plus tard, nous voilà tous dans un pub. L’alcool coule à flots et personne ne se prive du nectar enivrant. Craig a offert la tournée et ce serait dommage d’en profiter. Certains joueurs déconnent avec moi, oubliant les barrières que j’avais imposé. J’en ai plus rien à faire, ce soir est à l’honneur de la joie et de la communion collective. C’est tout simplement le bonheur ! Je bois plus qu’il n’en faut et soudain je sens que mon estomac exige une vidange d’urgence. Un désagrément passager qui, une fois évacué, me laissera toute la place pour me plonger dans de nouvelles saveurs alcoolisées. Je pousse la porte d’entrée du pub, le videur m’indique une rue discrète pour faire mon affaire. Je m’engouffre dans la ruelle puis je laisse mes tripes profiter de l’air libre. Une fois libéré du mal qui me tordait les boyaux, je prends la direction du pub. Un flash me brouille soudainement la vision. Puis un second. Une énorme douleur à la tête. Je tombe sur l’asphalte, inconscient.
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