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FIFA - STORY

Chapitre 88 - Le clou du spectacle

26 Mai 2013 Publié dans #Bushwackers

Samedi 2 Mars 2013 – Quelques jours après le drame de Charlton

Vingt mille âmes muettes. Un stade entier rendant hommage. Une communion pour honorer des vies disparues. The Den est devenu l’antre du silence durant une minute.

Je suis impressionné par l’attitude de nos supporters. Réputés pour manquer de cervelle, ils prennent tous les détracteurs à contre-pied. La solidarité qui émane des tribunes est presque palpable. Des frissons courent sur mes bras, dressant mes poils après leur passage.

Ce qui s’est passé dans les tribunes de Charlton est toujours dans ma tête et celles des joueurs. La presse n’a pas cessé d’en parler. L’encre s’est déversée sans retenue. Toute l’Angleterre ne s’est toujours pas remise de ces évènements tragiques. Douze personnes sont décédées. Six d’entres elles étaient des supporters de Millwall.

Craig a voulu honorer leur mémoire. Il a donné son autorisation pour que leur photo soit affichée tout autour de la pelouse des Lions. Pour que le public se souvienne des visages où l’on peut voir briller le blason de Millwall dans leurs yeux. Les joueurs ont demandé à apporter leur soutien : un brassard noir sera porté par chaque gars sur le terrain durant la rencontre. La réception de Wolverhampton restera dans la mémoire collective. Que ce soit par l’ambiance endeuillée que par l’enjeu de la rencontre.

En effet, les Wolves sont à la tête du championnat. J’ai tenté de préparer ce match difficile du mieux possible. Les joueurs ont eu du mal à se concentrer et à faire preuve d’assiduité dans les exercices. J’ai fait preuve de patience et j’ai ajusté les exercices pour que, malgré tout, ces quelques jours soient bénéfiques pour la réception du leader.

J’ai aligné mon équipe type. Keogh et Piech à la pointe de l’attaque. Trotter en meneur. Feeney et Henry sur les côtés. Racon à la récupération. Robinson et Mkandawire en derniers remparts devant les buts, gardés par Forde. Je n’ai pas pris de risque, les trois points doivent être acquis pour espérer jouer les barrages. Les places coutent cher, nos concurrents ne sont qu’à une voir deux longueurs de nous. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. J’espère que les évènements vont donner envie aux joueurs de se surpasser. L’effet inverse, je préfère l’ignorer pour éviter de me déconcentrer de mon rôle. Je dois rester stoïque. Je me dois de montrer l’exemple aux joueurs en faisant preuve de professionnalisme face à la situation.

L’arbitre siffle la fin de la minute de silence. Les tribunes se réveillent et une ambiance de feu embrase les tribunes. J’ai presque l’impression d’être dans un stade de cinquante mille places. Les deux équipes se mettent en place, prête à en découdre. Les Wolves sont constitués de leurs meilleurs joueurs. Mon homologue est venu chercher la victoire. Il n’y aucun doute la dessus. L’homme en bleu porte le son instrument argenté à la bouche, il souffle et le cuir commence sa balade sur la surface verte.

A quelques kilomètres d’ici, un adolescent au visage tuméfié est enfermé dans un coma profond. Son esprit vagabonde dans le royaume sauvage de l’inconscience. Sa jeune compagne est à son chevet et espère que son amour ouvre les yeux. Elle souhaite de tout cœur retrouver l’homme qu’elle aime. S’il meurt, elle ne s’en remettrait pas. Le suicide deviendra l’unique remède à sa souffrance. Pour le moment, l’espoir retarde l’échéance. Le médecin a estimé que Drake avait une chance de revenir. Elle sait que son homme la saisira. Il le fera dans une bonne semaine.

Les quatre vingt dix minutes viennent de s’écouler. J’ai les yeux rivés sur l’écran d’affichage, le cul posé sur le banc. Je n’ose pas croiser le regard de mes joueurs. Je crains leu réactions. Je me ferme aux émanations sonores du public. Je tente de me protéger de cette fureur dévastatrice. Il le faut car je dois garder les pieds sur terre. La fin de saison est encore loin. Soudain, les yeux de Keogh pénètrent les miens. Je suis pris au piège. Ma bulle éclate et je me laisse envahir par l’environnement extérieur. Un stade en furie, des joueurs qui courent dans ma direction. Nous avons gagné de la plus belle des manières : trois buts à zéro. Une victoire de prestige qui nous permet de croire en notre qualification. Je suis heureux mais pas euphorique. Il reste encore des matchs et notre avenir n’est pas encore scellé. Le kiné vient de m’annoncer le résultat de nos adversaires directs. Ils ont tous gagnés. Nous sommes toujours quatrièmes.

Je me lève et je prends la direction des vestiaires. Je laisse l’équipe remercier le public. Mon discours d’après match est en train de se composer dans ma tête. Les mots « félicitations », « bravo », « victoire », « continuez » se bousculent. Il faut faire attention à ne pas trop les encenser pour qu’ils gardent à l’esprit qu’ils doivent encore bosser. Ne jamais perdre à l’esprit que le football est une perpétuelle remise en question. Les portes des vestiaires grincent sous la pulsion de ma main. Les néons sont éteints. Je tâtonne le mur à ma droite pour trouver l’interrupteur. J’appuie et le carré en plastique émet un léger craquement, signe de la fin de l’obscurité. Mes yeux se laissent immerger par la vague dévastatrice de la clarté. Une image s’affine pour devenir nette. Je reçois un uppercut mental. Mon estomac se retourne et je vomis.

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