Chapitre 70 – Triple je
J’ai reçu son appel. J’étais à la fois surpris et méfiant. C’est loin d’être la première personne pour prendre de mes nouvelles. De très loin, même. J’ai senti dans sa voix une certaine tension, symptôme d’un stress sous jacent. Cascarino ne me prépare pas un sale coup. Son discours était bien trop fébrile, j’ai senti qu’il était à fleur de peau. Je suis juste perplexe sur le service qu’il veut me demander. Il n’a pas voulu me dire ce qu’il voulait. Il a insisté sur le fait qu’il voulait me le dire de vive voix. C’est là où je suis un peu sur la défensive. Mon instinct m’indique que mon ancien adjoint arrive avec un paquet de merde sur le dos.
Au loin, j’aperçois le restaurant. Le parking est à moitié plein. C’est un petit gastronomique dont le chef cuistot est français. J’ai toujours apprécié la nourriture de ce pays. Elle est raffinée et surtout excellente. C’est pour cela que j’ai choisi cet établissement. Il y a une raison dissimulée qui s’ajoute à la sélection de ce restaurant : Tony ne supporte pas les mets français. Malgré son séjour dans le pays de Molière, il n’a jamais pu s’y faire. Je le savais. J’en profite. J’ai besoin d’emmerder quelqu’un. Une manière pour moi de mieux supporter la soirée de ce soir.
Cet enculé va me faire bouffer de la merde. Il sait que je ne supporte pas la nourriture de ces porcs. Le seul atout du pays au drapeau tricolore ce sont ses femmes. Elles ont le sexe dans le sang. Elles aiment ça et souvent elles ont plus d’imagination qu’un homme. Je n’ai jamais compris pourquoi le gouvernement français ne veut pas réimplanter les maisons closes. Cela boosterait l’économie en utilisant leur atout majeur. Mais je n’ai pas le choix. Je suis obligé de me plier à ses exigences pour le contexte de cette soirée. Plus il se sentira à l’aise plus il sera enclin à accéder à ma demande. J’ai préparé un argumentaire pour tenter de le convaincre. Je vais jouer la bête blessée. Je suis même prêt à le supplier. Je n’ai pas d’autres alternatives. C’est ma dernière chance pour pouvoir éviter les griffes de Flitz. Sa voiture est déjà dans le parking. J’ai tout de suite reconnu la crossfire. Un bolide qui n’a rien dans le ventre. Une voiture de tocard pour un tocard. Rien de plus logique.
J’ai décidé de changer mes plans. J’ai trouvé une seule explication : Joshua est trop despéré. Sa jauge d’espoir est vide. Il serait heureux que je le fasse souffrir. Il prendra son pied lorsque ma lame s’amusera avec sa chair. Il est au fond d’un trou et je ne peux en tirer aucun plaisir. J’ai donc prit la décision de le tuer de la manière la plus simple possible : une balle dans la tête. Un choix non anodin car je veux le priver de son suicide. Il n’attend que ça. C’est pour cela qu’avant que le projectile explose sa cervelle, je vais lui envoyer un texto pour lui annoncer le doux décès de sa princesse. J’ai fait quelques photos après m’être amusé avec elle, il va surement aimer celle de sa tête dépourvu de son corps. C’est ma préférée.
Je l’ai filé toute la semaine. Ce soir, il semble avoir une sortie de prévu. Surprenant. Il vit reclus dans son antre qui lui sert d’appartement. C’est la première qu’il vient humer l’air extérieur hormis pour faire les courses. C’est un signe du destin. Il va mourir face à la population et je vais me faire un plaisir de revêtir le masque du bourreau. J’ai hâte de me débarrasser de ce déchet. J’ai découvert le vrai potentiel des femmes en terme d’espoir grâce à la petite Sydney. J’ai envie d’explorer ce nouveau filon mais avant je dois terminer ma vengeance avec Josh.
Ce dernier vient de pénétrer dans un restaurant. Mon esprit analyse les éléments du décor. Il étudie les variables. Dans quelques instants un plan va se mettre en place. Une fois terminé, je le simulerai grâce au pouvoir de l’imagination. Je comblerai ses imperfections puis j’entrerai en action. L’arrêt du battement du cœur de Joshua viendra conclure toute cette débauche d’énergie. Récompense de l’aboutissement de mon intelligence.
Je n’en reviens pas. Ce merdeux est venu faire le mendiant. Il veut que je lui prête de l’argent pour combler ses dettes de jeu. Mon gars, je crois que tu ne me connais pas bien. Je n’ai pas aidé un de mes meilleurs amis qui a eu des emmerdes justifiées avec la mafia. Donc il est évidement que le Cascarino peut aller se la mettre bien profond. Je le lui fais comprendre. Ses yeux se remplissent de désespoir puis se vide pour laisser la haine noircir son regard.
Je vais le tuer…je VAIS LE TUER !!! Cette raclure ne veut pas me sauver la peau alors qu’il est blindé. Son fric ne lui servira à rien dans sa tombe sa femme et sa gamine sont au fond d’un trou. Il est seul et à deux doigts de crever dans ce monde de merde. Il pourrait faire un geste cela lui changera pas sa vie sauf qu’il sera un peu moins con. Mais non ! Ce fils de pute fait l’égoïste ! Je vais lui faire comprendre que je ne me laisserai pas crever sans rien faire ! S’il faut que j’en vienne à la force pour obtenir ce que je veux, je ne vais pas me gêner ! VRAIMENT PAS !
Mon plan est en place. Son final sera majestueux. Ne pas oublier qu’il y a des variables. S’adapter sans prendre de risques si elles décident de changer subitement. Contrôlé pour atteindre mon but. Tout est dans le contrôle. Je me suis déguisé pour pas que Josh me reconnaisse. Une perruque et un postiche font l’affaire. Avant de m’introduire dans le restaurant, j’ai appelé pour être sur d’avoir une table. Par chance, il y avait de la place. J’ai réservé une table pour deux personnes. J’ai donné un faux nom. Une demi-heure après je me retrouvé à dix mètres de la table de ma cible, un magnum entre les jambes. J’ai choisi cette arme car je voulais qu’elle fasse un bruit retentissant. Une manière de centrer toute l’attention du public sur l’explosion d’hémoglobine de notre coach déchu. Il discute avec Cascarino. Un repas étrange dont le ton de la discussion semble monter. Josh commence à prendre le dessus. Il maitrise les nerfs de son compagnon de table. Il le contient. Toute son attention est portée sur le coach qui vient de se faire limoger. C’est le moment. Il ne verra rien venir. Ma main s’empare de la crosse rêche du flingue à l’acier lourd. Le canon soulève délicatement la nappe. Il se pointe vers la tête de Soon. Je presse la détente. La cartouche prend son envol dans un bruit assourdissant. Le sang gicle. Certains clients hurlent. La panique envahit la salle. Je fuis.
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