Chapitre 56 - Le sixième sens
Ce parfum est enivrant. Chaque particule de tissus en est imprégnée. Un savant mélange entre la vanille et quelques arômes exotiques. Cette douceur odorante l'apaise.
Le cadran à quartz indique que sa protectrice est partie depuis plus de vingt minutes. Beaucoup plus que ce qu'elle lui avait promit. Lui aurait-elle mentit? Non pas cette femme. Ce cadeau du ciel lui a permit de retrouver un semblant de dignité. Son esprit s'est apaisé depuis qu'ils ont quitté sa taverne infâme. Sa mère ne s'est jamais occupée de lui comme cela. Elle lui donné de l'affection et beaucoup d'attention. Il a senti renaître en lui l'insouciance de l'adolescence.
Grâce à elle, ils ont fait disparaître les corps des hooligans. Elle a fait preuve d'un grand sang froid. Ils les ont découpés puis ils ont glissé les cadavres dépecés dans des sacs poubelles. Elle lui a interdit de l'accompagner pour se débarrasser de ces colis morbides. Elle lui a juste dit que personne ne les trouverait où ils étaient maintenant. Puis ils ont hésité entre le nettoyage du pub ou le bruler. Le temps pressait car la police serait bientôt alertée. Sa protectrice a ouvert le gaz dans la cuisine. Elle a glissé une boîte en fer dans les micro-ondes. Elle l'a allumée puis ils sont partis. Dans leur dos, l'explosion a généré un bruit immense.
Ils ont rejoints un petit studio dans la banlieue nord de Londres. Son bureau comme elle l'appelle. Elle l'a nourrit puis ils ont discuté longtemps. Un jour, elle a reçu un appel d'un homme qui semblait furieux. Elle a hurlé son nom à un moment de colère: Franck. Elle lui a dit que la personne, qu'il cherchait, était morte. Au son grave qui s'échappait du combiné, il était furieux. Le jeune adolescent s'en moquait car il était avec son ange. Celle qui est venue le sortir de cet enfer.
Les jours ont passé et elle lui a avoué une chose qui ne lui a pas fait plaisir. Elle aimait un homme. Elle vivait avec lui. Il n'a pas bronché et s'est contenté de l'écouter. Au fond de lui, le monstre vert de la jalousie grondait. Elle voulait qu'ils se rencontrent et que par chance, ce mécréant accepte que le jeune adolescent vive avec eux.
C'est pour cela qu'il attend depuis quelques minutes dans l'habitacle de la voiture. Elle devait lui parler. Mais cela fait trop longtemps qu'il attend. Au fond de lui, sa noirceur canine lui insuffle la présence d'un danger imminent. Sa belle et douce protectrice va mourir. Il le sent.
Durant son ascension des étages de l'immeuble, son coté obscure prend le contrôle. A chaque marche franchit, ses instinct primaires s'imprègnent du danger qui rode. Plus il progresse plus l'obscurité s'épaissit. Il entend des voix. Des cris. Des hurlements.
Son coeur bat à la limite de rompre. Son sang circule dans ses veines à une vitesse prodigieuse. Tous ses sens sont en alerte. Une lueur brille au fond des ténèbres. Il discerne des hommes dans la pénombre. L'absence de lumière ne lui pose pas de problème lorsque l'animal qui est en lui prend le contrôle. Son odorat et son ouïe font la différence.
Soudain, il la voit. Son ange nu. Déchu de toute sa pureté. Exposée à la violence du monde. Une masse la surplombe et le bruit infect de l'homme excité résonne dans ses oreilles. Une meute de chiens en rut est en train de prendre possession de l'âme de sa protectrice. Il ne peut l'accepter. Il ferme les yeux une demi-seconde. Juste le temps nécessaire au Clébard de prendre les rênes.
Tout d'abord le plus costaud. C'est loup à la fourrure noir. Le son de sa voix guide les crocs acérés du Clébard droit sur sa jugulaire. Un craquement sec suivit d'un bruit de succion vient de l'interrompre. Le sang chaud coule dans sa gorge. L'animal devient une furie. Il a besoin de plus.
A sa droite, l'odeur de la peur attire son attention. Une proie chétive aux joues tendres. La peau mandibulaire se décolle avec une extrême facilité. Puis le Clébard se jette sur la carotide. L'hémoglobine coule à flots.
Une douleur dans le bas du dos. Un objet étranger vient de se glisser dans le corps déchainé de l'adolescent. Ce dernier virevolte et mord avec fureur la trachée de son agresseur. Il sent la dureté du cartilage du larynx. Il aime ça.
Il en reste un. Celui qui veut souiller le corps de sa belle. Il n'a pas encore franchit la pudeur de sa douce. Stepanov est figé devant le spectacle inattendu. Il est temps pour lui de connaître le baiser du chien le plus enragé de Londres. Le russe reçoit cinq blessures. Son oeil droit est gobé par l'adolescent ainsi que son oreille gauche. Avant de se faire égorger, le Clébard s'est emparé d'un morceau de son abdomen. Il s'effondre sur le sol, le sexe recouvert de son propre sang.
La douleur s'intensifie. Il en reste un. Celui qui est au sol. Celui qui a fait preuve de soumission. Un chien de bas étage. Il ne mérite pas le respect du Clébard. Le jeune homme se jette vers l'homme pour lui donner le baiser mortel lorsqu’une voix lointaine s'élève dans les ténèbres:
"No..non...Drake...pa..pas lui...c'est Joshua...."
Joshua. Le rival. Pitoyable adversaire. Une morsure et Sydney lui sera entièrement dévouée. Il n'écoute pas la voix de son ange et se jette sur le coach.
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