Chapitre 83 – Le pub
Mardi 19 Février 2013
Alan observe l’écume de sa bière d’un air gourmand. Le liquide dorée est perlée de gouttelettes d’eau signe d’une température adéquate à sa dégustation.
Les jours de matchs sont des moments de pur bonheur pour Alan. C’est l’instant où ils se retrouvent avec ses potes autour de leur passion commune : le football. Ils se sont donnés rendez vous au Coyote pour admirer les performances des Blues contre les Lions de Millwall. Pas les blues si connues de Chelsea, plutôt ceux de la seconde ville d’Angleterre : Birmingham.
C’est un match avec un gros enjeu puisque l’équipe londonienne est juste devant son équipe au classement. Un petit point les sépare et il espère que son club leur passera devant ce soir. Les Blues sont invaincus depuis dix matchs à domicile. Cette série va continuer, Alan en est persuadé.
Le clairon de la porte se met en branle. Alan se tourne vers l’entrée du pub et salue sa bande qui vient de débarquer. Que des hommes dont l’âge varie de dix huit ans à quarante deux ans. Une belle équipe qui sait s’amuser et prendre du bon temps quand il le faut. Ils le rejoignent et commandent diverses boissons alcoolisées au barman dont le visage s’illumine face à une soirée prometteuse pour sa caisse.
Alan échange quelques mots à propose de la rencontre de ce soir avec certains, puis parlent de sa vie de famille avec les autres. La rencontre démarre dans quelques minutes mais l’ambiance est déjà en place. Les blagues salasses commencent à montrer le bout de leur nez et les rires puissants de certains membres font vibrer les carreaux fins de la porte d’entrée.
Alan sent son stress diminué. Les gars ne parlent pas de la mauvaise nouvelle qu’il leur a annoncée ce matin. Il sent qu’ils font l’effort de ce concentrer sur autre chose pour le bien du groupe. Ce matin, le téléphone portable d’Alan a sonné. Il a décroché et il a découvert le son de la voix du Clébard pour la première fois. Il pensait que ce type était une légende urbaine. Une personne qui n’existait pas. On dit sur lui qu’il a tué toute la bande des Hammers. Une rumeur à la con. Les supporters de West Ham commençaient à montrer des signes de discordes entre les membres. Ils se sont tout simplement séparés.
Cette certitude a disparu lorsqu’il a entendu les premiers mots s’échappaient de la bouche de Drake. Le leader des Bushwackers s’est présenté et l’intonation de sa voix ne laissait aucun doute sur la véracité de ses propos. Alan l’a écouté, attentivement. Un duel de clan fut proposé. Alan n’a pas pu refuser. Maintenant, il espère que les Bushwackers ne le cherchent pas. Lorsqu’il a annoncé qu’il devait y avoir un duel contre les supporters de Millwall ce soir à son clan, ils ont tous tirés la gueule. Certains sont devenus blancs. Ils adorent se battre pour défendre les couleurs de leur club mais pas au point de mettre leur vie en jeu. On dit que le Clébard tue et qu’il n’est pas réglo. La fuite a donc été décidée à l’unanimité.
Voilà la raison de leur présence dans ce pub. Ils savent qu’ici, ils ne craignent rien. Le patron est un mafieux connu de tous et les deux molosses à l’entrée ne laisseront pas passé un supporter qui a les couleurs de Millwall sur le dos. Ils vont passer un bon moment entre mecs avec des bières à la main. Tranquillement.
Le match démarre. Pendant qu’Allan a les yeux rivés sur l’écran plan accroché à l’un des murs du Coyote, une jeune femme pénètre dans la salle. Les deux vigils n’ont pas pu résister à son petit cul bien roulé et ont donc accepté de la laisser entrer. Elle observe l’intérieure du bar avec attention puis se dirige vers le leader des Brumers. L’odeur de son parfum alerte les sens olfactifs d’Allan qui se tourne instinctivement vers la jeune femme. Elle lui fait un beau sourire rempli d’un charme excitant. Elle lui dit qu’elle veut lui dire un secret. Alan sent qu’au fond de son pantalon cela s’agite. Il tend son oreille, innocemment. La voix sensuelle enveloppe son oreille et lui susurre ces quelques mots :
« Sale lâche ! »
La douleur est soudaine, inattendue. Le barman a envie de vomir lorsqu’il voit l’organe auditif de son client toucher son parquet fraichement ciré.
Judith vient de donner le signal. Les deux molosses sont déjà par terre. Elle entend dans son dos la voix de son homme qui donne les ordres. Les Brumers ont refusé le combat et on ne refuse pas un combat contre les Bushwackers. C’est la nouvelle règle et le Clébard est bien décidé à l’appliquer à tout le monde en sanctionnant ceux qui ne le font pas. Alan et ses amis seront l’exemple à ne pas suivre.
Durant les effluves de sang entre les murs du Coyote, Millwall aura livré un excellent match en ouvrant le score rapidement par l’intermédiaire de Keogh. Ils dominèrent aisément sans rencontrer de résistance, sauf une l’arbitre. Il accorda un pénalty injustifié à la dernière minute pour Birmingham. Zigic la mise au fond et les équipes se séparèrent sur un score de parité. Les Lions regrettèrent de ne pas avoir fait le break.
Au Coyote, Alan et ses acolytes finirent tous à l’hôpital. Il n’y aura aucun mort. Comme quoi les rumeurs sur le Clébard ne sont pas toutes vraies…
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