Chapitre 82 – Souvenirs d’enfance
J’avais cinq ans lorsque la famille Hearwood m’a accueilli. Cinq années de vie qui avait vécu plus de choses que certaines personnes en cinq décennies.
Je suis né à Londres, plus précisément à l’hôpital St Thomas. Ma mère était une ravissante créature qui exerçait le métier d’architecte. Mon père, quant à lui, dirigeait une petite entreprise de conteneur sur les bords de la tamise, non loin de l’antre des Lions. Contrairement à ce que l’on peut croire, j’ai énormément de souvenirs de cette période aux côtés de mes parents. Personne ne le sait car je n’en parle jamais. Par pudeur et surtout pas envie de ne pas repenser à la tragédie qui a fait de moi un orphelin.
La maison de mes parents était une belle bâtisse dans le centre ville. C’est ma mère qui a conçu les plans. C’était une femme intelligente qui menait son couple à la baguette. Mon père s’accommodait de cette domination féminine. J’ai toujours eu l’impression qu’il adorait se faire mener de la sorte. C’était un homme soumis qui l’assumait. Il la dorlotait, se pliait à ses caprices et lui faisait des surprises régulièrement. Il était capable de remplir toutes les pièces de la maison de bouquets divers et variés pendant que ma mère était au travail. Tout cela pour qu’elle ait la surprise en rentrant. Peut être qu’au fond de lui, il devait espérer une récompense à la hauteur de ses cadeaux. A mon jeune âge, la sexualité de mes parents ne m’intéressait guère et s’ils étaient toujours en vie, je ne tenterai pas de m’aventurer dans l’imagination de leur vie intime. Surtout pas.
Bref, c’était deux parents admirables qui avaient pour objectif de réussir dans leur travail mais également avec leur fils unique. Ils ont toujours été justes avec moi et ont su me donner ce dont j’avais besoin, sans répondre à mes caprices enfantin. Je ne pense pas avoir été un enfant gâté. Quatre ans de bonheur, anéanti par douze mois d’horreur.
Mon papa s’est pendu dans notre salon à l’aide de sa ceinture. Sans aucune explication, il a fuit le foyer familial pour rejoindre un monde où les enfants qui ont besoin de leur père n’existent pas. Je hais mon père pour cet acte. Il a détruit ma vie en faisant ce geste incompréhensible.
Ma mère a sombré dans une profonde dépression puis son esprit à perdu les pédales. Il est difficile pour moi de reconnaître que ma mère était pédophile. Pourtant, elle a abusé de moi, plusieurs fois. Je ne pouvais crier à l’aide car c’était ma maman. Tout ce qu’elle faisait, c’était pour mon bien. Lorsque l’on a cinq ans, on ne se rend pas compte de la cruauté de la race humaine. Lors de certains de ses attouchements, elle m’a blessé que ce soit physiquement ou mentalement. A l’école, l’infirmière m’a interrogé sur la provenance de certaines marques. Innocemment, j’ai dit que c’était ma maman. Elle ne m’a pas cru, comme si la pédophilie ne concernait que les hommes.
Le jour de mon anniversaire, elle m’a fait mal. Très mal. Au fond de mon cœur d’enfant, j’ai senti pour la première fois une nouvelle sensation. La présence d’un être qui dormait depuis tout ce temps. Une entité qui était gonflait par la haine que l’innocence de l’enfance cloisonne pour se protéger. Une flamme qui s’est allumée, soudainement, sans prévenir. Le feu s’est déversé en moi comme un torrent des plus violents. Ma petite main s’est emparé du couteau à gâteau et il a traversé la gorge de l’origine de ma souffrance, me rendant orphelin avec pour image les yeux effarés de celle qui m’a portait durant neuf mois.
Mon histoire a fait la une des journaux. J’ai été placé dans un centre pour enfant à l’esprit dérangé. La famille m’a oublié. Des psychologues ont tenté de me soigner mais en vain. Je n’étais pas malade. J’étais juste un enfant qui possédait une violence qui fallait m’apprendre à canaliser. Ces médecins incompétents ne l’ont pas compris, un seul homme a su. C’est Craig, le meilleur ami de mon père.
Homme déjà puissant, il a usé de son bras long pour acquérir les droits parentaux délaissés par monsieur et madame Soon. Je lui ai demandé pourquoi il avait fait cela. Il m’a répondu qu’il avait une dette envers mon père et qu’il se devait de l’honorer même dans sa mort. En revanche, il n’a jamais voulu me dire l’origine et le type de cette dette. Un secret qu’il emportera surement dans sa tombe.
Il m’a donc libéré des institutions psychiatriques pour m’accueillir dans son foyer. Un couple sans enfant où l’argent et l’amour ne manquait pas. Quelques années plus tard, Margarett mit au monde Dylan et je ne fus plus enfant unique. Malgré l’écart d’âge qui nous séparait, nous avons toujours eu une très bonne entente. Grâce à ce cocon rassurant, j’ai pu me reconstruire et oublier cette noirceur qui sommeillait en moi.
Lorsque j’ai vu cette photo de mon père adoptif dans la boite à gant, j’ai eu peur. Très peur. Craig était nu, enchainé et recouvert de sang. J’ai sentit la chaleur de la haine se répandre dans mon cœur. J’ai roulé à vive allure dans les rues Londoniennes pour rejoindre le domicile des Hearwood. Chaque seconde, j’ai espéré qu’il soit en vie. Je ne pouvais pas perdre quelqu’un qui m’est cher encore une fois. Ce n’est pas possible. Je suis sorti de la voiture en trombe. J’ai ouvert la porte de l’immense maison violement pour….
me retrouver nez à nez avec Craig, le sourire aux lèvres….
A une centaine de mètres, le cinquième homme se marre. Sa photo a eu l’un des effets escomptés. Il va falloir faire preuve de patience pour s’enivrer de ceux qui vont suivre…Craig Hearwood est loin d’être parfait. Il est temps que le petit Josh découvre la vérité pour titiller sa capacité à espérer. Un délice.
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