Chapitre 81 – Un bon moment
Mardi 12 Février 2013
« J’offre ma tournée ! »
Un cri de joie général résonne dans l’enceinte du bar. La bière coule à flots ce soir. C’est mon cadeau de retour. Un moyen aussi de souder l’équipe dans des moments de convivialité, loin des terrains de football.
Nous voilà donc dans un des bars qui a forgé une partie de mes souvenirs de jeunesse. C’est l’un des plus vieux pubs des docks où le billard est la grande spécialité. Il y a une trentaine de table et ils vous servent les meilleurs bières de la Tamise. J’ai rencontré ma femme ici même alors que j’étais saoul comme une barrique. J’ai décidé de faire une entorse au règlement pour que l’équipe tourne la page. J’ai la certitude que le staff et les joueurs doivent oublier les évènements passés au sein du club. Un moment comme celui-ci est parfait pour vider les têtes et les remplir de choses positives. Un peu de sérénité et de positivité n’a jamais fait de mal à personne. C’est aussi un bon moyen pour relâcher un peu la pression. Il va falloir batailler pour se qualifier pour les barrages. Malgré notre belle victoire sur nos terres face à Sheffield, les poursuivants nous collent au cul. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. C’est pour cela que je veux qu’ils ne se mettent pas trop la pression pour le reste de la saison. La tension montera de toute manière mais le plus tard possible, c’est l’idéal.
Aujourd’hui, les gars ont réalisé une belle prestation. Le match a été maitrisé de bout en bout. Les trois buts inscrits ont fait plaisir aux supporters qui sont de plus en plus nombreux. C’est une très bonne chose pour les finances du club. Cela faisait longtemps que l’enceinte de The Den n’avait pas été complète. Un réel plaisir pour les joueurs, notre président et moi-même. J’ai même aperçu quelques banderoles me remerciant de mon retour. Une belle soirée, pluvieuse mais belle.
« Coach ! »
Je me retourne et j’aperçois Arkadiuz qui me tend une pinte. Je le remercie d’un signe de tête accompagné d’un large sourire. Ce joueur possède un talent certain. Henderson a perdu sa place de titulaire. Je ne pouvais pas laisser cette pépite sur le banc. Même Keogh n’est pas de son niveau. Ces accélérations sont fulgurantes et sa technique balle au pied est tout simplement lumineuse. Il a inscrit un doublé presque en fermant les yeux. C’est un ovni et je me demande encore comment il a pu arriver dans notre club. Je ne vais pas me plaindre. Surtout pas. Il a un seul défaut, c’est son arrogance. Certains joueurs ont eu du mal au début mais ils s’y sont accommodés. Nous voyons qu’il ne le fait pas exprès, c’est presque naturel. David a eu quelques échauffourées avec lui mais maintenant les deux hommes se respectent, sous réserve que chacun n’empiète pas sur le territoire de l’autre. Cela tombe bien, l’un est gardien, l’autre est attaquant. Aucune chance de conflit lors des rencontres. Ce défaut est apprécié des supporters. Il leur fallait un joueur emblématique qui soit décisif. Keogh est de nature réservée, Piech est donc le profil idéal pour combler leur attente. D’après ce que m’a dit Craig, les maillots à son nom se vendent comme des petits pains à la boutique. Il y a même un mec qui en a commandé un de Toulouse, une ville du sud de la France. Un truc de fou !
Je balaye la salle du regard et j’aperçois le sourire sur les visages de mon équipe. J’avale une gorgée pour me féliciter de l’initiative. Je me dirige vers la table où se trouve Mkandawire, mon meilleur défenseur. Je m’incruste dans la partie et je me mets dans l’équipe qui est opposée à la sienne. Pour être précis, je suis avec Robinson tandis que mon stoppeur est avec Racon, le milieu défensif. La partie est serrée. L’ambiance est bonne. Les blagues salaces fusent et ils osent même me chambrer. C’est la première fois qu’ils le font. Soit ma soirée fait son effet soit c’est l’alcool. Dans tous les cas, cela me ravi. Après une bataille acharnée, mon équipe s’incline. Une revanche est obligatoire.
« Je vais y aller, les gars. Ne rentrez pas trop tard. Je vous rappelle à tous qu’il y a entrainement demain. Certes vous avez votre matinée mais n’abusez pas. La règle pour les retardataires est toujours d’actualité. Allez passez une bonne fin de soirée ! »
Il est 00h12. Je suis crevé. Il est temps pour moi de rejoindre mon lit pour recharger les batteries. Je rejoins le parking. Il est à moitié rempli par les bolides des joueurs. Certains feraient mieux de mettre de l’argent de coté pour leur retraite plutôt que de les dépenser inutilement. Les jeunes sont un peu plus cons que nous à leur époque. Faut l’avouer.
L’ouverture centralisée de ma Crossfire produit son bruit électronique. J’ouvre la portière et je pose mes fesses sur le cuir froid. Je glisse la clef dans le contact et le moteur rugit, brisant le silence pesant de la nuit. Je sens une pointe douloureuse dans ma jambe. C’est mon portable. A cause de ce jean trop serré, il me rentre dans la cuisse et ce n’est pas très agréable. Je le retire et j’ouvre la boite à gant pour le ranger à l’intérieur. La petite veilleuse s’allume. Un papier glacé me renvoi un reflet d’horreur. Du sang. Craig. Mon cœur s’emballe.
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