Chapitre 66 – L’aveu
Un mois plus tard.
Samedi 19 Janvier 2013
J’ai tué ma femme et ma fille.
Stepanov avait raison sur ce point là. Je les ai assassinées avec tout le sang froid et l’intelligence d’un prédateur avisé. Si j’avais eu d’autres choix, j’aurai choisi une autre alternative. Malheureusement, le destin était déjà tracé.
Deux mois après le dixième anniversaire de ma fille, Celina a été victime d’un arrêt vasculaire cérébral. Mon enfant était condamné dès la naissance. Une épée de Damoclès qui est restée suspendu au dessus de sa tête juste dix courtes années. Elle a intégré la minorité des enfants frappés par ce phénomène. Cela a détruit notre famille. Cela a détruit ma vie.
Si ma fille était morte après son AVC, ma femme et moi aurions pu nous en sortir. Celina a survécu avec des séquelles importantes. Pour faire simple, elle est devenue un légume. Elle n’interagissait plus avec nous, elle n’avait plus conscience de la vie. C’était un amas de chair où seul le battement de son cœur symbolisait son existence. Ma fille avait disparu. Elle était morte spirituellement mais elle était physiquement là. Comme pour enfoncer le couteau dans notre plaie béante. Karen n’a pas supporté. Elle devenue dépressive. Elle n’avait plus eu l’envie de vivre. Je me souviendrai toujours du regard qu’elle portait sur notre fille : celui du dégout. Parfois, je percevais quelques frémissements de haine.
J’ai du survivre au milieu de ce chaos familial. Heureusement que le football était là. Il m’a permis de sortir de mon quotidien. De voir autre chose. Mon métier de formateur puis d’entraineur m’ont permis de tenir le coup. C’était l’essence nécessaire à mon moral pour encaisser le retour à la maison. Sans cela, je n’aurai pas pu m’occuper de ma fille impotente et de ma femme à la dérive. J’ai fait ce que j’ai pu pour maintenir un semblant de vie au sein de ma maison mais en vain.
Un soir après une réunion sur la politique de recrutement, je suis rentré chez moi. Mon épouse et ma fille était toutes les deux dans le salon. Celina était barbouillée de vomi et ma femme l’observait d’un air victorieux. Elle se complaisait à observer sa fille alors qu’elle baignait dans sa propre merde. Ce soir là, j’ai pété un plomb. Toute la vérité que je ne voulais pas accepté m’a explosé à la gueule. J’ai réalisé que notre famille n’était plus de ce monde. Je ne faisais qu’entretenir une situation horrible pour sauver les apparences. Cette réalité putride est devenue insupportable. Alors j’ai pris la décision de les tuer. Pour mettre un terme à nos souffrances. Je voulais retrouver Karen et Celina telles que je les avais aimées. C’était possible dans le monde des morts. J’ai donc basculé dans la préméditation d’un meurtre.
J’ai échoué.
La route défilait à très grande allure. Les platanes se rapprochaient. Ma femme était assise coté passager. Ma fille était à l’arrière. L’objectif était clair : foncer sur le tronc le plus large. Le choc fut brutal. La ceinture de ma fille n’était pas attachée ainsi que la mienne. Celina fut projeté sur le dossier de mon épouse. La première eut les vertèbres sectionnées tandis que la seconde mourut à cause du choc provoqué par le corps de ma fille. Comme prévu. Sauf pour moi. Je voulais mourir avec elle. Je voulais terminer cette vie condamnée. Il en fut autrement. J’ai traversé le pare-brise et je suis passé à quelques centimètres du tronc. Je ne sais pas comme cela a pu se produire. Dans mes souvenirs, je l’ai prit de face et bien au milieu. Les secours ont affirmé une autre version. J’étais légèrement décalé. La collision était concentré sur le coté passager. Comme si inconsciemment, je ne voulais pas mourir.
Au fond de moi, je le savais. Je ne pouvais pas mourir comme mon père. Un réflexe freudien. Une envie de ne pas terminer comme mes parents. Je ne les ai pas tués. Mon géniteur s’est pendu suite à un licenciement et ma mère n’a pas supporté. Deux jours après, elle a plongé sa tête au fond du four. Stepanov a menti sur cela pour tromper Sydney. Pour me faire souffrir.
Je n’ai jamais pu supporter de vivre avec cette idée mais je ne pouvais pas me tuer. J’en étais incapable. Guillaume est arrivé dans ma vie et j’ai trouvé un exutoire pour compenser mon mal être. J’ai déversé ma haine envers moi-même contre les autres. Cela a marché un temps. Jusqu’à que je prenne conscience du monstre que j’étais en train de devenir. La suite vous la connaissez. Je suis rentré à Londres avec du sang sur les mains. J’ai tué beaucoup de gens. Ils le méritaient tous mais je me suis transformé en une bête sauvage. Je suis devenu un prédateur. Un être déshumanisé. Je n’ai plus supporté cette nouvelle peau. Ce fut l’élément déclencheur. Je ne méritais plus de vivre. Je devais disparaître pour redevenir l’homme que j’étais. J’ai franchi le pas. J’ai brisé l’interdit. Le suicide est devenu la solution.
Mon amour pour Craig et le football m’ont sauvé. In extremis. A l’instant présent, je n’ai plus le foot. Je n’ai plus Craig. Il me reste Sydney. C’est la seule chose qui met en veille mes envies morbides. Elle me maintient à la surface. Elle est mon second souffle. Je suis à deux doigts de la perdre. Je suis à deux doigts de la mort.
Stepanov va surement réussir son coup avec un temps de retard. Mais je sens que le russe va obtenir ce qu’il voulait. Cela fait un mois que Sydney me demande d’attendre. Elle n’arrive toujours pas à me faire confiance. Je la comprends. Surtout après ce qu’il s’est passé dans l’appartement. J’aurai du mourir ce jour là. Sans Drake, je serai aux cotés de ma femme et de ma fille. L’adolescent m’a sauvé sans le vouloir puis il a tenté de me tuer. Libéré de mes détracteurs, j’ai retrouvé le contrôle complet de mon coprs. J’ai reprit possession de toute musculature, de toute mon envergure. Il m’a attaqué de front. J’étais aux aguets. Il a sauté. Les yeux rivés sur ma gorge. J’ai basculé sur le coté. Il fut surprit puis profitant de mon esquive, je me suis jeté sur lui. Il m’a mordu cinq fois. Mes jambes, mes bras et mon torse en porte encore les stigmates. Puis j’ai eu une ouverture. Mes mains se sont rivées sur son cou. Elles se sont serrées. Il a commencé à cherché sa respiration puis il m’a supplié du regard. Ses pétéchies commençaient à exploser. Sydney a hurlé. Le monstre s’est éteint aussi vite qu’il est apparu. J’ai relaché mon étreinte. Son pouls battait légèrement, il était inconscient. A quelques secondes près, il était mort. Ensuite, Sydney a vociféré. Elle m’a conspué. Elle m’a rejeté. J’ai fuit.
Quelques jours après, j’ai apprit dans les journaux que l’appartement de ma douce avait brulé. Une fuite de gaz soit disant. Aucune remarque sur d’éventuels corps. Sydney semblait posséder un certain talent pour faire disparaître les cadavres. J’ai tenté à plusieurs reprises de la joindre. Elle ne répondait pas. Jusqu’au jour où j’ai reçu un appel de sa part. Elle a soufflé quelques mots : « Dis moi ta vérité. ». J’ai avoué ce que je lui cachais puis elle a conclu par : « J’ai besoin de réfléchir. Laisse-moi du temps. ».
C’est ce que je fais depuis un mois et je commence à perdre espoir. Heureusement qu’elle m’envoie des texto de temps à autre pour me montrer qu’elle ne m’oublie pas. Derniers amarres qui me retiennent à la vie. Je patiente. Mes économies diminuent. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir sans rentrée d’argent. Ma vie ne tient plus qu’a un fil. Celui de l’amour.
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